Exclusivité ?
J’ai tenté, il y a de ça deux semaines je crois, de développer la notion de fidélité. J’avais alors promis de revenir sur son cousin germain; l’exclusivité. Voici donc la fin de l’histoire.
Comme on l’a vu précédemment, force est de constater que le sens même du mot fidélité n’est que vaguement compris par les hommes ou les femmes, qui pourtant en abuse plus qu’il ne le faudrait. Pour eux, la fidélité se confond avec une notion bien différente qui est celle de l’exclusivité. Mais pareil, on a beau y tenir corps et âme, prétendre que c’est la seule option morale capable de pérenniser le sacro-saint couple éternel, en faire une promesse, un contrat même, officialisé devant la loi, qui garantit notre « fidélité », non pas tant à la personne aimé, mais au contrat d’exclusivité que l’on a noué avec elle, on ne sait pas vraiment pourquoi on a un jour décidé de s’y astreindre et de renoncer ainsi à ses penchants naturels ! En un mot, comment on en est arrivé là, et quel est le zouave qui a pondu un tel concept !
Notons en passant avant de rentrer dans le détail, que cette exclusivité ne concerne en fait qu’un seul aspect de la relation, l’aspect physique bien entendu, plus précisément l’aspect sexuel de nos rapports. Personne ne va une seconde vous faire un procès d’intention pour un supposé non respect d’exclusivité intellectuelle. Pour le coup on s’en fout ! Par contre dès qu’on parle charnel, tout s’enflamme !!! L’amour charnel se doit d’être unique. Comme ils disent, offrir sa plus profonde intimité est un tel sacrifice, un tel don de soi, que l’offrir à un autre que celui stipulé dans le contrat de vente serait un affront pour ce dernier!! Non sens pourtant bien arrangeant, non?
Mais revenons à la chronologie de cette imposture.
A l’origine, où pour l’homme, comme pour tout autre animal, végétal ou insecte vivant sur cette planète, le renouvellement de l’espèce est le souci commun premier. On conviendra que la manière la plus efficace de régénération est pour l’homme de féconder le plus de femmes en âge de procréer, et pour la femme de s’accoupler avec le plus d’hommes non-stériles possible, jusqu’au succès de la fécondation. Vous me suivez? Ok! On voit bien que s’y l’on s’était tenu à ce besoin premier purement biologique et naturel, l’exclusivité, ou la notion même de couple n’aurait pas eu lieu d’être. Ce qui explique alors en partie qu’elle reste absente de la plupart des sociétés primitives, disparues ou contemporaines.
C’est au fur et à mesure que la population augmentait, s’organisant au sein de sous-ensembles concentriques toujours plus petits, toujours plus recentrés sur eux même, sociétés de moins en moins communautaires, où le bien commun s’estompait progressivement devant le besoin individuel, qu’est apparue la notion de clan, puis de « famille », micro-société patriarcale, ultime regroupement avant l’individu et son égoïsme prédateur. Il s’agissait dès lors, non plus de veiller au renouvellement de l’espèce, à ce stade acquise, mais bien à celui de ce microcosme protecteur, et ce pour des raisons d’ordre purement économique et sociale, fondées en partie sur l’orgueil et la cupidité, malheureusement si naturel à l’homme. Pour ce faire, l’homme, patriarche, fût « obligé », d’introduire et imposer la notion d’exclusivité à la femme. Exclusivité sexuelle garantissant ainsi à l’homme la parenté du nouveau né, chose impossible à déterminer dans le cas d’une quelconque promiscuité féminine. Ce faisant il assurait la « légitimité » de sa descendance. En clair il s’assurait que l’héritage, sa fortune, son pactole, sa Rolex (si chère à notre impayable Séguéla) glanée avant ses cinquante ans, allaient bien à son fils et non celui du facteur ou pire du plombier. Exclusivité à sens unique donc, dans ces « familles » où le mâle « régnait » sur plusieurs femelles, toujours dans un souci d’augmenter ses chances de succès. Succès à plus d’un titre, le nombre élevé de progéniture asseyant socialement le clan, dans ce jeu permanent de pouvoir auquel s’astreint l’homme. Organisation familiale encore courante de nos jours dans de nombreuses cultures, notamment moyen-orientales.
C’est avec Platon, qui toujours dans un souci d’organisation politique, économique et sociétaire, apparaît dans nos sociétés occidentales la notion de couple à proprement dite. Vous êtes bien assis, parce que c’est quand même fumeux comme concept. Tellement, qu’on est en droit de se demander jusqu’où peut aller la naïveté humaine, capable apparemment de gober n’importe qu’elle hystérie subliminale à deux balles, tant que ça l’arrange économiquement! Bref, c’est à l’aide d’affabulations mystiques et donc fictives, logiquement et heureusement pour son auteur invérifiables, qui feraient de nous des êtres tronqués, amputés, punis par les dieux pour notre arrogance, à chercher notre moitié perdue, que le politique philosophe tente d’imposer, avec succès d’ailleurs, le besoin d’une association unique, inviolable et indépassable entre un homme et une femme, couple synonyme de l’être parfait recomposé. Tentative d’instauration d’un nouvel ordre au sein duquel sont domestiquées les pulsions sexuelles de l’être, pulsions jugées « contre-productives » et « amorales », (car sommes toutes naturelles !).
Ok, je simplifie histoire de bien montrer à quel point c’est couillon! En gros l’humain, prétentieux impertinent que l’on sait, a osé aller voir Jupiter et lui dire en face qu’il en avait marre qu’on lui dise fait pas ci, fait pas ça. Qu’après tout il était tout aussi doué et compétant que Juju, et qu’il allait falloir se calmer et lui lâcher la grappe. Sur quoi Juju, agacé par le niais et son arrogance, l’avait coupé en deux et condamné à chercher sa moitié amputée et perdue. Sorte de cache-cache mystique ridicule pour divinités en manque de distraction! Par cette fable, Platon montrait qu’une fois recomposé, l’être couple, ne formant plus qu’un, un tout original réuni, assumant son désir premier en comblant son manque, il n’y avait pas de sens à désirer autre. Logique implacable, bien pratique, mais malheureusement fondée sur une base et un principe dépourvue de toute valeur, de toute véracité, ignorant complètement la nature humaine et la métaphysique de ses sentiments.
Mais quelles sont les vraies raisons de ce besoin de couple. Pourquoi avoir eu besoin de pondre une telle connerie? C’est bien sur purement économique. Mère nature, qui fait toujours bien les choses, c’est assurée que les principes de base de la survie soient plaisants, histoire qu’on publie pas. Manger, boire, se reproduire, sont des sources de plaisirs. Maintenant c’est tellement plaisant, qu’on se contenterait bien de ne faire que ça. Imaginez donc, bouffer, boire, et baiser comme activité principale, sorte d’orgie perpétuelle! Charmante comme idée, mais pas très en phase avec notre système économique de productivisme. En fait totalement en opposition avec l’organisation politique mise en place par le même Platon, pour qui seule la tempérance face au plaisir, preuve de caractère et de force morale, garantit le bien être de la société. Un bon citoyen n’est donc pas un jouisseur, mais un ascétique bosseur et frustré. Bravo ! Tu manges et bois juste de quoi te nourrir, tu te maries avec une femme qui te donneras la descendance et le reste t’oublies. Amen!
Si vous êtes comme moi, grecque lambda de l’époque, la pilule est dure à avaler. Un choix entre une partouze à vie et une vie de bidochon pantouflard avec bobonne, c’était pas gagné. Alors quoi de mieux qu’une fable sans queue ni tête pour influencer le vote? Très fort niveau marketing, vraiment!
Nous voici donc depuis victime des bien-pensants, des organisateurs du bien commun, enfermer dans ce couple autiste, au sein duquel nous « construisons » l’avenir. Cet avenir non maîtrisable, que nous tentons d’amadouer tant bien que mal à l’aide de promesses inutiles et intenables que la loi et la foi tentent encore de nous imposer. Léger progrès de nos sociétés modernes, l’union amoureuse, où les êtres se lient par la force de leurs sentiments et non plus uniquement pour des raisons d’élévation sociale et de profit, comme il était encore courant il y a peu. Seulement l’amour étant ce qu’il est, on s’aperçoit que cette inviolable unité, est bien plus fragile, bien plus aléatoire que l’on veut bien le croire. Alors on se protège, et souvent de la pire des façons, en emprisonnant l’être aimé, tel un oiseau dans sa cage, possession exclusive pour plaisir égoïste et jaloux!
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Exclusivity?
I tried, two weeks ago I think, to explain the meaning of the word « Fidelity ». I had said then that I would come back and develop its cousin, « exclusivity ». Here is the end of that little story.
As we’ve seen it before, the true meaning of the word fidelity is often misunderstood by the men and women using it more than they should. For them, fidelity is confused with a far different notion called exclusivity. But same deal, we may feel very strongly about it, pretend it’s the only moral option capable of sustaining the bound that ties us together, to make it a promise, worst a contract, made official by law, one that guaranties our “faithfulness”, not so much to our loved one, but to the contract of exclusivity we signed with them, we still have no idea why we decided one day to compel to such non sense and give up our natural instincts! In a word, how did we get there, and who is the nova monkey who came up with that concept?
Lets mention before we get into details, that this exclusivity only matters for one aspect of the relationship. The physical one of course, to be precise the sexual exclusivity. No one will make a fuss for a so call non respect of intellectual exclusivity. No kidding, who cares. But share your ass instead of your brain, and the heat is on!!!! Sexuality must be exclusive. As they say, the “gift” of you most “sacred” intimacy, is such a present offered to the loved one, that to give it again to another is a crime. Imagined, someone not mentioned on the sales agreement! What a shame for the poor guy who signed it!! Non sens, but so convenient, isn’t it??
But lets get back to the chronology of this imposture.
At the beginning of time, where for humans, just like for animals, vegetables, insects or any leaving form on this planet, renewal of the species was the main concern. We must agree that the best way to achieve that goal, was for men to impregnate as many females as possible, and for women to have sex with as many potent male as possible to ensure pregnancy. You follow me? Ok ! We can see that if we had stood by this natural and logical concept, exclusivity and the notion of couple wouldn’t have appeared on our societies. Which is probably why they still don’t in primitive civilizations.
It’s as population grew, organizing itself along concentric groups, always smaller than the previous, always more focused on themselves, where the common good faded to individualism, that appeared the notion of “clan”, then “family”, micro-society, ultimate association before the individual and its egotism. At that stage, the focus was no longer on the renewal of a race by then secured, but it’s own protective microcosm. This for obvious economical and social reasons dealing with pride and greed, all so natural to humans. To do so, men had to introduce and impose the notion of exclusivity to women. In that way, the male had the guaranty to be the father of the coming child. A certainty impossible to gain otherwise if women were to “frolic and mess around”. To be clear, the father is now sure to pass on his wealth and power to the right one, and not take the chance to pass it on to the mail man or worst the plumber’s bastard. Of course that only applies to women. Men as always kept the right to impregnate as many as he could to secure his chances to success!! That family organization is still very much alive in some middle east countries.
It’s with Plato, in the writing of a new political, economical and social order, that appears in our western societies the notion of couples. Ok, you’re seating down? Because this one is really from out of space. So far out, that one may want to question the intelligence of mankind, its naivety, and how much fatso non sense he’s ready to swallow before throwing up? Anyway, it’s with some far out mystical story, of course and luckily for Plato impossible to verify, that he sold us what we have been enduring ever since. The stories goes like this. Once upon a time man (who then was half men half women!) went up to Jupiter and told him to knock it off. It had enough of the don’t do this, don’t do that crap and decided to go tell Juju the game was over. Of course Jupiter, god of all gods, didn’t quite see it that way and decided to punish our arrogant friend. What did he do, well simple, he cut him/her in half, and decided that for the rest of time men would be forced to search for his missing part, women. Smart, that way he tells us, that a men can only be with a woman, and one only, in a word, an heterosexual couple! A unique, unbreakable union of two souls meant for one another, recomposed entity as it once was !
In that new order all unproductive and immoral instincts (all the natural ones that say!) are bound for the better of society. Very practical, but based on a ridiculous invention, completely out of touch with men’s reality, his instincts, feelings and expectations. So why, come up with such thing, if not by pure economical necessity? Mother nature who had it all covered, made sure that our basic needs for survival be pleasurable. To eat, to drink, to have sex are all pleasure givers. So pleasurable, we’d be happy to just do that and forget everything else. Just imagined a never ending orgy! Delightful idea, but not really adequate for the productive economical system we live in, and in complete opposition with Plato’s vision. For him a good citizen, one of value to society, one we could use for the common good, is not a sensualist, but a ascetic frustrated worker. Good boy! You eat and drink just what you have to, have a wife that will give you children, and for the rest, well the rest you can just forget about it ! Amen!
If you’re like me, a random greek geek from that time, the deal is hard to swallow. To choose between eternal orgy and a life of a moral slave, you wont have to think long. So what better than a ridiculous story to influence your vote? Very good marketing strategy there my friend, really!
Here we are some 2000 years later, still victims of the moral Tartuffe, the common good organizers, who locked us up in the couple form, where we can build our prosperous future. That uncontrollable future, that we try to map out with promises we can’t keep, that law and faith still try to impose on us. Slight progress, we now mary for love, instead of social and economical reasons, as it was so common in the past. Yet love being what it is, we realize that this so called perfect union that Plato had described, is very fragile, too fragile. So we protect ourselves in the worst manner, caging each other, exclusive possessions for a selfish and jealous pleasure!
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Mais quelles sont les vraies raisons de ce besoin de couple. Pourquoi avoir eu besoin de pondre une telle connerie? C’est bien sur purement économique…
Apparamment ce n’est pas aussi simple ! Pascal Bruckner que tu connais a publié un nouvel essai ! “Le parasoxe amoureux” Si tu ne l’as pas encore lu, vas-y, c’est très interressant. Il fait le tour des rapports “amoureux” : le sexe, les sentiments, la fidélité, l’exclusivité, les attentes de chacun dans la société d’aujourd’hui… Il utilise quelques formules qui décrivent parfaitement le choc des discours progressistes et conservateurs, l’écart entre ceux-ci et la réalité. Il se demande pourquoi le sexe libre des années 60 n’a finalement pas marché et pourquoi !
En ce qui me concerne, je suis complètement en phase avec ses idées…
sky